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Conférence/débat avec le Père Thierry MAGNIN

Lois de BIOETHIQUE - Quel regard Chrétien ?

Le résumé

La conférence

L’orateur prévient qu’il abordera le sujet avec délicatesse, avec le plus grand respect et sans porter de jugement de valeur à l’égard des personnes qui seraient directement concernées par les questions de bioéthique susceptibles d’ être abordées au cours de l’exposé. Les débuts de la vie constituent en effet un sujet grave sur lequel peut se greffer un dilemme moral.
Il rappelle tout d’abord les États Généraux de la bioéthique qui avaient eu lieu en 1999 et qui avaient permis un grand débat d’opinion avec des publics de sensibilités très diverses dans un esprit de grand respect et de vraie démocratie.

PMA (procréation médicalement assistée) et FIV (fécondation in vitro)
Ces techniques peuvent apporter une réponse aux couples qui souffrent de stérilité. Dans la PMA on peut recourir à une insémination artificielle à l’intérieur du couple . Dans la FIV, la fécondation est réalisée en dehors du sein de la mère à partir de la semence masculine et de l’ovule féminin dont la rencontre se fait dans une éprouvette .Cela se fait soit avec les gamètes du mari et de sa femme (homologue), soit avec les gamètes dont l’un des donneurs est étranger au couple (hétérologue).Il y a alors don de gamètes par tiers.

Le problème des embryons surnuméraires.
On élabore en général 6 à10 embryons pour en implanter 2 dans l’utérus et l’on congèle les autres afin de pouvoir recommencer l’opération en cas d’échec .De là nait le problème des embryons surnuméraires congelés dans l’azote liquide. Ces embryons humains peuvent recevoir plusieurs destinations :
- soit la destruction immédiate,
- soit être donné à un autre couple ayant un projet parental,
- soit être utilisé par la recherche.
La loi française de 2004 interdit la recherche sur l’embryon mais une dérogation a été accordée aux chercheurs, sous certaines conditions et pendant un délai limité à 5 ans. Cet aspect doit revenir en débat au parlement en février.

Quel est le statut juridique de l’embryon ?
Chose ou personne humaine, à partir de quand devient-on une personne humaine ? On parle d’embryon pendant les 2 premiers mois et de fœtus ensuite. Juridiquement le fœtus est un « objet », le statut de personne humaine n ’est acquis qu’à la naissance. En réalité tout est déjà donné dans la première cellule issue de la fécondation.
Avec une cellule souche embryonnaire on peut reconstituer les tissus de n’importe quel organe
Avec les cellules souches adultes on peut faire des cultures de cellules spécialisées pour reconstituer certains tissus ( peau, sang, moelle épinière...) On peut aussi les reprogrammer pour leur donner leur jouvence. Il y a donc là une alternative possible à l’utilisation des cellules souches embryonnaires.

DPN (diagnostic prénatal sur le fœtus)
Il a pour but la détection par échographie, amniocentèse ou prise de sang, d’une maladie génétique du fœtus. Ainsi sont détectés les porteurs de la trisomie 21 et l’on sait que 95 % d’entre eux font l’objet d’une IMG(interruption médicale de grossesse) ou avortement thérapeutique. On élimine la maladie en éliminant le fœtus d’où question. L’Eglise Catholique, mais pas elle seule, est opposée à l’avortement dès la fécondation. Ce faisant elle ne prétend pas condamner les femmes en cause, mais s’adresser à la conscience de la société et l’inciter à aider moralement et financièrement les jeunes filles et les femmes à garder leur enfant.

DPI (diagnostic préimplantatoire )
Il se réalise sur les embryons issus de la FIV. On peut détecter les maladies susceptibles de se développer plus tard ainsi que de nombreux caractères (sexe,apparences...)Il en résulte un tri possible. On n’ implante que ceux qui sont sains ou correspondent au désir des parents. N’est-ce pas de l’eugénisme ?.... Jusqu’où fabriquer la vie sur mesure ?....

Médecine prédictive
Elle fait d’énormes progrès dans la recherche des maladies susceptibles de se développer quand la personne sera plus âgée . L’information jusqu’où , comment réagir ?. Peut-on et doit-on éliminer tous les risques ?...Alors comment accompagner les personnes touchées par la détection d’une maladie grave ?...

Biologie de Synthèse
On est capable de produire artificiellement une partie du vivant , de reprogrammer certaines cellules de copier leur génome pour réparer les déficiences apparues ou élaborer de nouveaux produits,ex. des biocarburants. C’est la maîtrise du vivant et c’est une véritable révolution. Il faut éviter de la diaboliser mais on voit aussi tout l’intérêt des débats pour éviter les dérives et qu’elle soit mise au service de l’homme.

GPA (gestation pour autrui ou mère porteuse)
On implante sur l’utérus d’une mère porteuse des embryons issus d’autres géniteurs avec mission d’en assurer la gestation et de remettre le bébé à la naissance à ceux qui l’ont commandé. Cette technique est interdite en France en raison des problèmes psychologiques et autres qu’elle pose .

L’éthique
Selon P. Ricoeur « c’est le mouvement même de la liberté qui cherche une vie bonne, dans la sollicitude envers autrui et dans un juste usage des institutions sociales » Il n’y a donc pas de réponse toute faîte à un problème donné . Il convient de chercher ensemble la meilleure solution , avec le souci des autres et du coût pour la société. Quel est le juste équilibre ?....

La liberté de conscience éclairée Selon Vatican II « La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre »
Par fidélité à la conscience , les chrétiens unis aux autres hommes doivent rechercher ensemble la vérité et les solutions justes aux problèmes moraux que soulèvent tant la vie privée que la vie sociale.
Quand on parle de jugement éthique il y a 3 dimensions :
- la dimension singulière :la personne dans son histoire, le couple demandeur, c’est l’aspect individualiste,
- la dimension particulière : celle de la la loi ; c’est l’aspect légaliste,
- la dimension universelle :la recherche du bien commun à partir des grands principes de la déclaration universelle des droits de l’Homme ; ex. tu ne tueras pas, c’est l’aspect idéaliste.
Il peut y avoir contradiction entre telle ou telle dimension, d’où la nécessité de prendre en compte les trois à la fois .

Le contexte actuel
Aujourd’hui il y a le primat des sciences .La biologie (sciences de la vie)est réductrice. Elle regarde avec son angle précis . Elle ne parle pas vraiment de la vie mais des êtres vivants sous l’angle de leur fonctionnalité. Ce n’est pas la totalité de la vie. Elle propose son récit sur le début de la vie mais les philosophes, le droit , les grandes religions et autres spiritualités ont aussi à intervenir dans le débat et apporter leur regard sur le sens de la vie. D’où l’ouverture du Comité d’éthique à toutes ces parties. C’est ensemble que l’on peut répondre à cette grande question : qu’est-ce que la vie ?Car le droit ne connaît en fait que 2 repères : la chose et la personne. Il n’y a guère d’intermédiaires.

Les grandes étapes dans notre pays.

- le droit à la santé (années 1942),
- le tournant génétique(structure de l’ADN-1953 et la médecine prédictive)
- le pouvoir sur la fertilité( pilule dans les années 1950), L’IA (dans les années 1960), les échographies(années 1970).
- Les FIV (1978) et Amandine en France (1982),
- Le DPN et DPI ouvrant la possibilité de chirurgie sur le fœtus, la médecine générative avec les cellules souches embryonnaires.
- aujourd’hui les nanotechnologies et les échographies en 3 dimensions « on a l’impression d’avoir une personne en face de soi »disait un scientifique.

Question posée par le Comité National d’Éthique en 2008 :
« La loi doit-elle refléter l’évolution de la culture collective et rendre compte des pratiques déjà observées(par ex. chez nos voisins) ou au contraire savoir s’en distancier pour maintenir certains principes fondateurs ou fédérateurs comme des références » ; C’est là tout l’enjeu du débat .
Hans Jonas, un philosophe de la nature disait à propos de l’écologie : « agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ».
La maîtrise de la nature par les techno-sciences a donc besoin d’être maîtrisée. La responsabilité nous en incombe. On est capable de manipuler le vivant, de le réparer, de l’améliorer, de le reprogrammer. Ne joue-ton pas aux apprentis sorciers ? L’homme a pris le relais de l’évolution, pourquoi faire ?...
Ce dont je suis responsable c’est de la vulnérabilité, la fragilité, la précarité de l’être sur lequel j’ai un pouvoir . Un des principaux critères de discernement dans l’utilisation de ces techniques, c’est la personne fragile .

Quelques points clés de l’Eglise Catholique :
- le respect de la dignité humaine, de toute vie humaine dès son commencement : l’embryon est considéré comme un être humain en puissance de devenir une personne humaine. Le code génétique existe dès la première cellule d’où le respect dû à l’embryon. Selon le point de vue de certaines églises le statut de l’embryon serait dépendant du projet parental.
- L’unité de la personne (corps, psyché,esprit). Il ne faut pas raisonner uniquement sur le biologique mais sur la globalité corps-psyché-esprit. La qualité profonde d’une vie n’est pas liée à la seule fonctionnalité du vivant. Ex .à l’approche de la mort, on connaît toute l’importance de l’accompagnement dans le cadre des soins palliatifs qui prend en compte la personne dans sa globalité( corps-âme et esprit).Avec la prise en charge de la souffrance physique mais aussi psychique on maintient une qualité de vie jusqu’au bout.
- La cohérence de la filiation et de la généalogie : les lois ne doivent pas introduire de rupture à ce niveau là, même si tout ne se résume pas à la biologie . En cas de naissance sous anonymat d’un ou des donneurs il y a risque de problèmes psychologiques, la personne concernée souhaitant retrouver ses racines biologiques et sa lignée.
- Le principe de vulnérabilité : l’attention au plus petit (l’embryon, le fœtus, la personne handicapée...) est primordiale . Elle renvoie chacun à sa propre fragilité et elle représente un enjeu essentiel pour l’Église Catholique.
- L’origine de la vie : elle nous échappe, elle est au « creux d’un amour », la vie est de l’ordre du don, elle peut être reçue comme un don de Dieu. Nous lui devons donc un grand respect et devons en prendre soin.

Qu’est-ce que la vie ?
Les avis divergent selon le poète, le scientifique, le philosophe ou l’homme d’église. Pour les scientifiques, la vie c’est l’auto-organisation de la matière inerte. Dans la Bible, Dieu crée les êtres vivants, pas la vie. La vie c’est Dieu qui se donne. C’est Lui l’haleine de vie, le souffle qui se donne à chaque instant dans une relation d’Amour. La vie est un don d’où le très grand respect qu’on lui doit. L’homme est entre « maîtrise et dé-maîtrise » . Dieu invite l’homme à soumettre la nature et à la dominer. C’est dans le cadre de l’Alliance entre Dieu et les Hommes. Aujourd’hui, l’homme peut-être tenté de jouer à Dieu car il a la possibilité de maîtriser la vie . Il est capable comme co-créateur de créer à sa manière des êtres vivants. Ce n’est plus de la science- fiction. Quelle responsabilité !...

Accompagner les personnes
Nous avons un devoir de solidarité et d’accompagnement des personnes qui se trouveraient face à un diagnostic prénatal qui révèlerait une grave anomalie génétique. Leur solitude est alors terrible. Il convient d’accueillir, d’écouter les personnes avec bienveillance, d’éclairer les consciences avant un choix aussi difficile tout en respectant leur liberté de conscience. Certaines personnes disent « à quoi bon une loi spécifique pour la France alors que l’on peut si facilement franchir les frontières ? » La France est un pays souverain qui ne doit pas se soumettre à la pression internationale en matière éthique, ni se rallier au « moins disant éthique »Il y a là un enjeu d’humanité. Avec la nouvelle loi se pose la question de la levée de l’anonymat et du secret dans le couple en cas de PMA avec tiers donneur. Les conséquences psychologiques à l’intérieur même du couple peuvent être très importantes .

Conclusion
Plus que jamais nous devons prendre soin de la vie et servir la vie. « Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». Elle est promise à tous .

LE DEBAT

La recherche sur les embryons surnuméraires : elle est liée à la PMA. Ces embryons existent, alors certains disent pourquoi ne pas les utiliser ? On est alors dans le registre de l’utilisation. Or peut-on utiliser un être humain, peut-on le considérer comme une matière à recherche ?...Recherche qui ne vise pas sa destruction mais aboutit à sa destruction.
Aux USA ,les premiers essais cliniques avec les cellules souches embryonnaires en vue d’améliorer la situation de malades atteints de maladies telles le parkinson ou autres maladies génétiques ouvrent de sérieux espoirs mais il y a là d’énormes enjeux économiques et des questions éthiques importantes .
Avec les cellules souches du cordon ombilical s’ouvrent des perspectives potentiellement intéressantes . Il existe déjà des banques de conservation du sang de cordon.

L’embryon est-il un être vivant ? La réponse dépend du regard que l’on porte sur le mystère de la vie. Il faut remonter le temps. A la naissance c’est une personne , mais une heure avant, un mois avant six mois avant n’est-il pas un être humain ??? C’est le problème des seuils...Certains pensent que l’embryon devient une personne à partir de la nidation ( fixation sur l’utérus) . Mais tout est déjà donné dans la première cellule issue de la fécondation.

L’Eglise n’est-elle pas un frein pour la science ? Elle a pu commettre des erreurs (Galilée, Darwin..)mais des chrétiens comme Pascal dans ses « Pensées » fait un écho très profond aux découvertes qui l’amènent à approfondir sa foi. Les scientifiques ont besoin de questionnement et de confrontation sciences- éthique. L’éthique n’est pas faite pour freiner mais discerner en fonction des différentes possibilités, quelles sont celles qui à court ou long terme agiront sur l’évolution du sens de la famille , de la solidarité, de la dignité...
Depuis peu les études médicales abordent les aspects éthiques.

Les méthodes naturelles. On ne peut pas dire que ce qui est naturel est bon, ce qui est artificiel est mauvais .L’homme vit beaucoup plus vieux grâce à des artifices. Mais nous devons nous poser la question : au service de quoi et de qui l’artifice est-il introduit ?

Distinction entre être vivant et personne. Quand on parle de personne humaine on est ramené à la conscience de cette personne . On ne peut parler de la conscience d’un zygote . L’être humain est une personne en devenir. Quand devient -on une personne humaine ? A la naissance, certes, mais on n’a jamais fini de devenir une personne humaine. M. Zundel, un théologien, disait : « nous venons de loin, nos racines sont biologiques, nous sommes un produit de l’humus, un produit de l’évolution et nous n’y sommes pour rien . Nous n’avons pas demandé à naître ...nous sommes un moi préfabriqué, voulu...on l’espère. Dans ce moi nous avons toutes les capacités pour devenir un homme ou une femme responsable . Les racines de la personne humaine sont devant elle » .
Devenir une personne humaine, c’est tendre vers cette unité corps, âme, esprit qui permet à la vie de s’exprimer. Nous sommes invités à développer, non le biologique mais le psychique et le spirituel au sens large du terme. Le spirituel n’est pas réservé au croyant. Quand il y a alliance entre le corporel, le psychique et le spirituel alors la personne humaine apparaît comme une personne en lien avec d’autres personnes et là, la vie vaut le coup d’être vécue. Les discussions éthiques sont fortement marquées par cette vision d’une personne unifiée.


L’exposé et le débat ont permis de resituer les enjeux éthiques du projet de loi au regard des points de vue de l’Église Catholique.
La fin du débat a été saluée par des applaudissements nourris témoignant tout l’intérêt porté à cette soirée par les nombreux participants.
Pour terminer, le Père GAMONET a remercié chaleureusement l’intervenant et invité le public à partager le verre de l’amitié.


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